أخبار وطنية Ennahdha a-t-elle les moyens de son discours? Par Mounira Yacoub
Par Mounira Yacoub
En d'autres temps et circonstances, on aurait peut-être suivi avec une pointe d'amusement les "échanges" entre les acteurs principaux de la scène politique en Tunisie, à savoir le chef de l'État, le chef du gouvernement et le parti Ennahdha.
En effet, les échanges entre eux, surtout ces dernières 48 heures, se limitent au jeu sur les mots...
Ennahdha (qui n'avait jamais vécu une telle solitude tout en étant au pouvoir) essaie de tromper son 'monde' (essentiellement ses bases) en brassant du vent par "sa décision de charger son président de mener des pourparlers avec la Présidence, les partis politiques et les organisations syndicales pour sortir de la crise "!
A-t-elle (Ennahdha) les moyens de son discours? Ce parti est très loin d'être à même de mener un quelconque débat avec qui que ce soit en dehors de ceux et celles qui seraient intéressés (es) à n'importe quel prix par les portefeuilles ministériels et même par moins que cela !
Donc ce "mandat" à son président de mener des pourparlers et en l'absence de tout fondement constitutionnel n'est-au mieux-qu'une manœuvre médiatique et une tentative de faire croire que ce parti mène encore le jeu... seul !
Et comme pour donner une plus importante crédibilité à cette soi-disant initiative, des nahdhaouis de premier rang ont, encore une fois usé des méandres de la langue arabe pour faire croire à une large convergence des points de vue entre le chef de l'État et le parti Ennahdha.
La réponse de Kaïs Saied ne s'est pas faite attendre, de vive voix et témoins à l'appui : aucun accord avec qui que ce soit et bien entendu avec un rappel de son attachement aux textes et dispositions de la constitution qui, jusqu'à présent n'entament en rien la position d'Elias Fakhfakh en tant que chef du gouvernement aux pleins pouvoirs et prérogatives... En clair : vous voulez le virer, faites-le au parlement (si vous en avez les moyens, semblait-il penser!)
Le jour même, le chef du gouvernement publie une déclaration en plusieurs points retraçant les efforts fournis par le chef du gouvernement pour mener à bien le travail de son cabinet en dépit de la mauvaise foi d'Ennahdha et de ses multiples tentatives de déstabilisation du gouvernement.
La dite déclaration se termine par un paragraphe (indépendant du reste et sans nommer ni Ennahdha, ni aucun autre parti d'ailleurs) où il est question d'un remaniement ministériel imminent... Façon de dire : Je peux virer vos ministres sans redemander votre vote de confiance !
Donc, branle bas de combat autour d'une manœuvre politico-médiatique menée par un parti qui s'accroche au pouvoir et tente de nous faire croire que le pays c'est eux et sans eux il n'y a pas de pays !
Alors qu'il est évident que ce parti (Ennahdha) est pour beaucoup dans nos maux et que ce paysage parlementaire n'offre aucune alternative au pays et il est tout aussi évident que des élections anticipées dans les mêmes conditions et selon les mêmes règles donneraient sensiblement la même configuration avec (peut-être) une plus grande dose de Abir Moussi et de Makhlouf...
Et les sondages publiés aujourd'hui le confirme!
Il est peut-être temps de penser en dehors des schémas et chemins pré-tracés...